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Joël da Silva, comédien, metteur en scène, musicien et auteur dramatique (Montréal, 25 octobre 1959-). Formé en interprétation à l'Option-théâtre du cégep Lionel-Groulx (1977-1980), mais aussi en musique (piano et chant), Joël da Silva est l'auteur de près de vingt pièces pour enfants, qui combinent un imaginaire foisonnant et une langue hautement musicale.

Enfant de la balle, il participe dès sa jeunesse aux tournées familiales de spectacles de marionnettes, dont quelques-uns de son cru. Après ses études, il se joint au collectif de création La Cannerie, (1980-1983), y explorant aussi bien l'écriture et la composition que le jeu et la mise en scène. Il collabore ensuite à quelques spectacles du Théâtre Pince-farine (1983-1985). Avec le Moulin à Musique, il conçoit en 1987 le texte, la mise en scène et la musique d'un spectacle jeune public, La Goutte, où se reconnaissent déjà le goût de l'insolite de l'auteur et son humour fin. En 1989, il écrit et interprète un solo désopilant, qui le révèle véritablement : La Nuit Blanche de Barbe-Bleue, mise en scène par Louis-Dominique Lavigne, une production du Théâtre de Quartier qu'il jouera au Canada et en France pendant huit ans.

Après ce premier succès, le conte classique demeure une source d'inspiration pour Joël da Silva, qui le dépoussière joyeusement (Le Pain de la bouche, adaptation très libre d'Hansel et Gretel, mise en scène par Lise Gionet, Théâtre de Quartier, 1992) ou alors y puise des archétypes ainsi que certains motifs, tels la quête du héros, l'épreuve ou l'objet magique. L'auteur s'amuse avec les calembours, les allitérations, les répétitions, pour raconter des histoires pleines de mystère dont les thèmes sont la curiosité, la peur, la recherche d'identité, le deuil. S'adressant à l'intelligence des enfants, il refuse le réalisme des situations et la facilité. Si ses textes s'apparentent à la comptine par leur rythme et leur musicalité, il compose de surcroît la musique de plusieurs productions de ses pièces, comme Le Petit bon à rien (1998) et Les Gardiens du feu (2000), par le Théâtre de l'Avant-Pays. Ces spectacles démontrent par ailleurs que son univers foisonnant se prête bien à la marionnette, genre qui offre à l'auteur une grande liberté. Ainsi, dans Château sans roi (Théâtre de l'Avant-Pays, 1996), le Petit Mosus Rex, un personnage de cafard extraordinairement hideux, pouvait côtoyer Monsieur, un roi subissant l'arrogance de l'intrus. Avec le Moulin à Musique, dirigé par sa sœur Marie-Hélène, il poursuit une collaboration privilégiée en présentant des spectacles musicaux dont il conçoit tout (Un violon sur l'épaule, 1995, prix Opus du Conseil de la musique de la meilleure production jeunesse ; la Maîtresse rouge, 1999 ; l'Aube, 2002 ; Garde-robe, 2006).

En 1999, Joël da Silva fonde sa propre compagnie, le Théâtre Magasin, un lieu où peut se déployer à loisir son art, allergique aux concessions. Pour ses deux premières productions, il fait un retour attendu sur la scène : d'abord, dans sa pièce Le Magasin des Mystères (nouvelle administration) (2000), cabaret réunissant des contes savoureux dans l'esprit de l'Halloween, puis dans Émile et Angèle, correspondance (2002), qu'il interprète en duo avec la coauteure, Françoise Pillet. Coproduit par la Compagnie Françoise Pillet (France) et mis en scène par Sylviane Fortuny, cet échange doux-amer entre un petit Québécois et une petite Française reçoit le Prix des spectateurs de l'Arrière-Scène, 2002-2003. En 2005, le Théâtre Magasin s'associe à l'Arrière-Scène pour créer La Chanson du fou, où les thèmes chers à l'auteur (quête identitaire, retour du refoulé) empruntent le chemin tortueux de la création littéraire, le spectateur étant invité à entrer, pour ainsi dire, dans l'inconscient d'un personnage d'écrivain. Dans Le Temps des muffins (2009), qu'il écrit et met en scène, Joël da Silva incarne un cuisinier fantasque, mi-magicien, mi-poète, qui saupoudre tout de mots délicieux.

Patricia Belzile, L’Encyclopédie canadienne, pour l’Institut Historica Dominion